13 reasons why : fausse bonne idée ou succès mérité ?

Cela fait un moment que j’entends parler de cette série qui cartonne, j’ai nommé 13 reasons why. Pour ceux qui vivent sur Mars ou au fond d’une grotte, voici la bande annonce de cette série Netflix :

Donc en gros, le pitch c’est que Hannah Baker se suicide et laisse derrière elle 13 cassettes qui expliquent les motivations de son geste. Je trouve cette bande annonce très aguicheuse, façon « olala, ils l’ont tous tuée, gros supense pour savoir ce qu’il s’est passé », mais dans les faits le scénario est beaucoup plus subtil.

Depuis quelques semaines, on entend parler de cette série partout, et visiblement c’est un succès fou. J’avais déjà prévu de m’y mettre quand j’ai vu ce message de William Lafleur sur sa page Facebook (alias Monsieur Le Prof, le prof d’anglais qui enflamme Twitter avec ses tweets hilarants) :

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Capture d’écran du message posté sur la page Facebook de Monsieur Le Prof

Et là je me suis dis « ah ouais, c’est vrai que je n’avais pas pensé à ce genre d’écueil ». Mais comme je n’avais pas encore vu un seul épisode, ni une, ni deux, je me suis lancée dans un binge watching de compétition pour voir si l’analyse de Monsieur Le Prof était juste ou pas. Pour info, il annonce dans son post qu’il n’a pas accroché avec la série et ne l’a donc pas regardée intégralement, il s’est par conséquent informé sur l’intrigue via Internet (qu’il juge très clichée, comme les personnages, ce malgré une super narration ), donc on peut comprendre son opinion aussi tranchée.

A mon tour, j’ai décidé de vous présenter ma petite analyse, sans spoilers (promis, j’ai fait au mieux, et je n’énonce aucune scène ni aucun fait de l’intrigue).

Un scénario très prenant

Concrètement, j’ai visionné les 13 épisodes (en moyenne 50 min chacun) en un week-end, allant jusqu’à rester éveillée jusqu’à 2 heures du matin tellement je voulais savoir la suite. La série est très bien construite, les personnages sont attachants ou intrigants, et non pas aussi clichés que le prétendait Monsieur Le Prof. J’ai donc été soulagée de ne pas tomber sur un remix de Glee couplé avec Pretty Little Liars, mais sur une série qui a une vraie personnalité. J’ai beaucoup aimé la manière dont la voix off, c’est-à-dire la voix d’Hannah enregistrée sur les cassettes, nous guide tout au long des épisodes et nous plonge dans son passé. Contrairement à Desesperate Housewives où la voix de Mary-Alice est présente mais pas le personnage, ici Hannah est visible à l’écran en permanence. La narration alterne entre flashbacks et scènes du présent, et c’est rondement mené.

Un message important

Je pense que ce qui a fait le succès de cette série, outre une mise en scène géniale, c’est le message qu’elle véhicule. Hannah ne s’est pas suicidée pour une raison précise, mais elle a été prise dans un tourbillon d’évènements dans lequel elle n’a vu aucune issue. 13 reasons why pointe du doigt les dangers d’un effet boule de neige. Parfois, on peut faire du mal à quelqu’un sans s’en rendre compte, ou on se dit que ce n’est pas grave, que ce n’est pas important, sauf que l’on ignore tout du vécu de la personne à qui l’on a affaire, de la manière dont elle va percevoir la situation et, surtout, elle est peut être confrontée à une dizaine d’autres personnes qui pensent aussi que leurs actions négatives sont sans importance. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a une vraie réflexion entre les faits qui se sont réellement produits, et la « vérité subjective » : en gros, le fait que chacun ait sa vérité, sa perception des évènements.

La série dénonce également le sexisme et le harcèlement auxquels sont confrontées les jeunes filles en permanence. Ce qui m’avait interpellée dans le message de Monsieur Le Prof, outre sa crainte de voir le suicide présenté comme salvateur, c’est qu’il présentait les personnages comme clichés. Sauf que j’ai vraiment eu l’impression que la série me présentait des personnes que je pourrais croiser n’importe où, qu’Hannah pourrait être moi, ou une amie, et que les autres pourraient faire partie de mon entourage, et les situations ne sont malheureusement que trop crédibles. Combien d’adolescentes se sont vues affublées d’une réputation de fille facile pour avoir seulement accepté un rendez-vous avec un garçon ? Ou pour n’importe quelle interaction avec lui ? Combien ont déjà pris une main aux fesses ou ont vu leur consentement mis à mal (du simple non, je ne veux pas sortir avec toi, qui mène à des insultes voire du harcèlement, au consentement sexuel) ? J’espère vraiment que cette série amènera les jeunes à réfléchir à ces actes parfois anodins qui, cumulés (ou pas), peuvent devenir très anxiogènes, et qu’ils seront sensibles à l’invitation au respect des autres qui est transmise ici. Enfin, la série mène à réfléchir sur la prise de responsabilité. Les personnages se renvoient constamment la balle, vivent dans le déni de leurs actes,  alors que s’ils avaient été un peu plus attentifs aux conséquences de leurs actions, s’ils s’étaient montrés responsables, bien des erreurs auraient pu être évitées.

De l’importance de parler de cette série

En revanche, si j’ai beaucoup aimé la série, plusieurs choses m’ont dérangée. Tout d’abord, comme l’explique le message de Monsieur Le Prof, je pense que cette série laisse quand même penser qu’Hannah trouve vengeance grâce à son suicide, et j’espère vraiment que cela ne donnera pas de mauvaises idées à des jeunes qui se retrouvent dans son histoire. Ce que je retiens, c’est qu’Hannah s’est sentie abandonnée, trahie, qu’elle a eu le sentiment de n’avoir personne à qui parler, de n’être pas écoutée ni entendue lorsqu’elle réussissait à formuler son mal-être. Dans ses cassettes, elle dit souvent qu’elle espérait que telle ou telle personne l’aurait retenue, qu’en demandant à quelqu’un de la laisser seule, une part d’elle est triste que cette personne obéisse au lieu de rester à ses côtés, qu’elle fuit mais qu’elle espère qu’on la rattrape. En soi, je pense que c’est une juste représentation de ce qu’on peut tous parfois ressentir. Nous avons tous déjà rejeté quelqu’un dans l’espoir de l’entendre refuser de partir, de l’entendre formuler sa volonté de nous soutenir. C’est une manière de tester notre importance. Sauf que dans la vraie vie, ça ne marche quasiment jamais, parce que les autres ont aussi leurs préoccupations. Du coup, même si c’est crédible, je trouve que c’est dommage de laisser cette image. Parce que même si on n’est pas toujours écouté, ou que l’on n’est pas entendu, il y a toujours une autre solution. D’autres oreilles vers qui se tourner, d’autres moyens que le suicide de canaliser son chagrin. Ne l’oubliez jamais, et répétez-le. C’est pourquoi je pense qu’il est important de parler de cette série, je pense qu’elle peut ouvrir le dialogue et permettre à certaines personnes qui se sentent acculées de dire « moi aussi, parfois j’ai l’impression de me noyer et que je n’ai pas ma place dans ce monde. » Ce n’est pas parce que la série est bien foutue, que Dylan Minnette et Katherine Langford (les acteurs principaux) sont super bons, qu’elle mérite autant de visibilité, mais parce qu’elle a une vraie valeur ajoutée.

Enfin, on suit les parents d’Hannah dans leur deuil et leur détresse. Je pense que c’est indispensable, parce que cela montre que même si l’on n’arrive pas toujours à dialoguer avec nos parents, à mettre des mots sur ce qui ne va pas, un tel geste affecte tout le monde. Je n’avais pas du tout prévu de parler de séries sur ce blog, mais étant donné le battage médiatique qui entoure 13 reasons why, et vu les thèmes qu’elle aborde et qui me tiennent profondément à cœur, je voulais prendre le temps d’un article pour proposer une analyse plus contrastée et traiter des écueils éventuels qu’elle peut engendrer.

Bien entendu, la série n’existerait pas sans le roman de Jay Asher. Je n’en ai pas du tout parlé dans mon analyse car je n’ai pas encore mis la main dessus. Puis après tout, c’est de la série dont on entend parler sans cesse ces derniers temps, et je pense que beaucoup ne se pencheront pas sur le livre, or je tenais vraiment à traiter les axes de réflexion évoqués ci-dessus. Et vous, vous avez vu la série ? Qu’en avez-vous pensé ?


Du coup, si jamais vous avez des idées noires, voici quelques liens et numéros utiles :

Suicide Ecoute (24h/24 – 7j/7) : 01 45 39 40 00

SOS amitié

Vivre son deuil (si vous venez de perdre un proche).

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Et une loutre qui câline un chat parce que j’en avais envie et que le monde a besoin de voir ça.

 

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4 Comments

  1. etunjourunemaman

    avril 26, 2017 at 12:22

    C’est une jolie étude de cette série que j’ai fini de regarder pas plus tard que la semaine dernière. J’ai bien aimé aussi mais, tout comme toi, certaines choses m’ont dérangé.

  2. Bougie d'Automne

    avril 27, 2017 at 1:26

    J’aimerai bien regarder cette série dont, effectivement, on entend beaucoup parler. Comme toi j’avais lu la critique de monsieur le prof et je trouve sympa d’avoir ici une autre lecture!

    1. Pauline Perrier

      avril 27, 2017 at 6:23

      C’est une série sympa, si tu aimes bien le côté série ado elle est vraiment pas mal. Tu me diras si tu l’as regardée finalement 🙂

      1. Bougie d'Automne

        avril 27, 2017 at 9:34

        Oui! Il faut que je reprenne mon abonnement Netflix du coup 😝

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