Week-end hors du temps, arrestation et Biafine

La Thaïlande a la particularité de regorger de lieux insolites et merveilleux, qui ne manquent pas de vous en mettre plein les yeux. Pour célébrer le départ de deux stagiaires avec qui j’ai passé beaucoup de temps au cours de ce premier mois à Chiang Mai, nous sommes partis en petit comité dans l’un de ces endroits : Lime Leaf.

Le chemin compte autant que la destination

Plus qu’une devise philosophique, cette phrase reflète la majorité de mes déplacements en Thaïlande. Dès que je me rends quelque part, je suis toujours émerveillée par les paysages et les situations que je rencontre pendant le trajet. Nous avons enfourché nos scooters vers 13 heures pour entreprendre un périple d’environ 1h30, au cours duquel je suis littéralement tombée amoureuse de ce pays. Certes, je l’appréciais déjà énormément, j’aimais ses couleurs, son rythme de vie, son peuple facile à vivre, mais je n’avais pas encore eu cette claque en pleine figure. Du moins, pas aussi forte.

Alors que je roulais sur mon fidèle destrier motorisé, j’ai pu découvrir des forêts luxuriantes, des montagnes à perte de vue, des buttes de terre rouge contrastant avec le vert chatoyant des arbres alentours, des temples dorés qui se devinaient derrière la végétation. La Thaïlande comme elle se dresse hors de la ville. La Thaïlande et ses innombrables surprises, comme un temple de la fertilité devant lequel tous les véhicules klaxonnent pour se porter chance, et qui arbore des phallus géants.

temple de la fertilité Thaïlande
Temple de la fertilité

Et au milieu de ce spectacle grandiose qu’offre la nature, je me suis sentie minuscule. J’ai toujours aimé voyager, je suis curieuse et avide de découvertes, mais j’étais tout de même profondément attachée à mon Home Sweet Home. Pour la première fois, je me suis sentie citoyenne du monde plus que Française, j’ai eu le sentiment d’être reliée à des milliers de racines, et pas seulement à une seule. Je crois que c’est cela, le vrai sens de la vie. Même les arbres les plus anciens, plantés au même endroit depuis des siècles, ne vivent que parce qu’un interminable réseau de racines les alimentent. Je m’en doutais déjà, mais la certitude que je ne pourrai jamais revenir à un train de vie « normal » après cette aventure s’est véritablement ancrée en moi : il me faudrait toujours une nouvelle destination où aller.

Perdue dans cette profonde introspection, je dois dire que j’ai tout de même réussi à prendre le coup de soleil du siècle, et ce malgré mes multiples étalages de crème, que j’ai dû traverser un ruisseau en scooter en manquant de justesse de me ramasser les dents, le tout avec la lanière de mon casque qui refusait de tenir en place et qui m’a flagellé le dos brûlé par le soleil pendant 1h30 (si avec ça tous mes péchés ne sont pas expiés…), pour monter ensuite une route guère plus large que les roues de mon scooter sur une pente d’environ 40%, puis finir le trajet jusqu’à notre gîte à pieds, sur une pente du même pourcentage (voire plus à certains endroits), glissante, le tout en crachant mes poumons et en ayant les cuisses en feu. Bah oui, la vraie vie n’est pas sponsorisée par Chateaubriand, il faut bien en chier pour pouvoir peindre des descriptions bucoliques grandioses.

Lime Leaf trek thaïlande
Notre hutte à Lime Leaf

Une nuit hors du temps

Pour rejoindre notre gîte, le Lime Leaf Eco-Lodge, nous avons traversé de petits villages assez éloignés de tout, où les thaïs vivent très modestement, et pourtant c’est là où les gens se sont montrés les plus accueillants. Attention, les thaïs sont toujours très polis, aimables et serviables, ils viennent spontanément vous aider au moindre problème (exemple : au moment de vérifier la pression des pneus avant le départ, la machine ne fonctionnait pas, deux thaïes sont descendues de leur voiture pour nous venir en aide. Certes, c’était parce qu’elles attendaient déjà depuis quelques minutes, mais au lieu de vous crier dessus de bouger vos fesses comme le feraient pas mal d’occidentaux, elles sont descendues voir si elles pouvaient faire quelque chose pour nous). Toutefois, nous avons eu le droit à de grands bonjours quand nous traversions les rizières, les gens nous saluaient de loin, les enfants semblaient tout excités de nous voir, et c’était vraiment magique de voir que malgré toutes les différences qui pouvaient nous opposer, il y avait une telle volonté conjointe d’aller les uns vers les autres.

Une fois au gîte, nous avons découvert notre hutte, haut-perchée dans la montagne avec une vue imprenable sur la jungle. C’est le propriétaire qui a tout construit, je n’imagine pas la masse de travail ! Ce fut une nuit un peu à la dure, j’ai eu la joie de retrouver les fameuses toilettes dont la chasse est un seau, on dort sur des futons à même le sol ou posés sur des planches et, surtout, j’ai eu droit à des réveils en sursaut à cause d’une sauterelle qui a décidé d’atterrir dans mes cheveux (je vous entends vous moquer, mais je vous jure que ce n’est pas drôle DU TOUT) et de taons aventureux. Ah, et puis il y a les pétoules de rongeurs, ça donne du caractère au lieu. Mais en soi, c’était un des endroits les plus beaux et reposants que j’ai vu, la cuisine était délicieuse, l’hôtesse est adorable, puis nous avons eu la chance de rencontrer un autre de groupe de français avec qui nous avons discuté tout le dîner.

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Banana Pancake au réveil et vue sur les champs dans la montagne

Un retour plus mouvementé que prévu

Pour éviter la pluie, nous sommes repartis vers midi, de suite après le petit-déjeuner. Il nous a fallu retraverser le ruisseau en sens inverse, éviter de glisser dans la boue et gérer quelques roues embourbées, mais une fois la pampa dépassée, c’est un vrai plaisir de conduire ici. Nous en avons profité pour faire un crochet par un temple abandonné, dont le style imite celui des temples cambodgiens (c.f photo d’illustration de l’article), puis nous avons filé tranquillement jusqu’à Chiang Mai. Après avoir avalé 150km de route dans le week-end, nous sommes arrivés en périphérie de la ville impatients de prendre une bonne douche pour nous débarrasser de l’épaisse pellicule de sueur, de boue, de crème solaire et d’antimoustique qui nous collait à la peau depuis la veille, quand nous sommes tombés sur un barrage de policiers au milieu d’une route à sens unique. Impossible de le fuir comme je vous l’expliquais dans mes précédents articles, et j’ai donc eu le droit au premier contrôle de ma vie. Sauf que, d’entrée de jeu, j’ai entendu les policiers répéter entre eux « Farangs, Farangs » puis « Americani ? » prendre mon permis et se regarder « Ah ! FRANCE ! » comme s’ils avaient gagné le jackpot de l’euro-million. Clairement, l’amende était décidée d’office, quand bien même tous mes papiers étaient en règle. L’un de mes amis n’a pas le permis du tout, donc son amende était justifiée, mais j’ai eu beau expliquer que mon scooter était un 110 et non pas une moto, ce que mon permis me permet totalement de conduire, les policiers n’ont rien voulu savoir, et nos protestations nous ont valu d’être menacés de finir au poste dans la foulée. Nos permis passant de mains en mains, le ton montant quelque peu et craignant de ne pas les récupérer (puisque c’est le chantage qui prime dans ce genre de situation) nous avons abandonné toute idée de justice et avons capitulé. De toute façon, ici la police est liée à la mafia, il n’y a rien à faire, c’est à la tête du client. Nous avons donc tous écopé d’une amende de 400bahts, ceux qui avaient le permis comme ceux qui ne l’avaient pas. Et pompon sur la Garonne, au moment de nous rendre nos permis internationaux, le policier s’est trompé en donnant le mien à mon amie Alice, nous avons ôté nos casques et nos lunettes pour lui montrer qu’il se trompait, et là nous avons eu le droit à un reluquage en règle et à ses commentaires, pouce en l’air : « You beautiful ! Beautiful ! », comme si nous étions en train de nous taper une bonne poilade avec lui depuis 15 minutes. Mais il n’a quand même pas fait sauter nos amendes à toutes les deux, cet idiot fini au SangSom (alcool thaï).

Lime Leaf
Vue pendant notre ascension vers le gîte

Conclusion

C’était un week-end magique et bien aventureux. Même si les amis dont nous fêtions le départ nous ont assuré que les paysages que nous avions découvert étaient loin d’être les plus beaux du Nord de la Thaïlande, j’ai eu des étoiles plein les yeux pendant deux jours. Complètement perdu dans les montagnes, hors du temps et des impératifs modernes, ce gîte est incroyable. Malgré notre mésaventure avec les policiers, ces deux jours m’ont laissé des souvenirs impérissables et des coups de soleil inégalables. Après une semaine trépidante, où les péripéties se sont enchaînées (d’ailleurs, j’ai désormais l’annulaire droit tatoué…), on ne pouvait pas rêver mieux comme cerise sur le gâteau.

Et vous, quel est le séjour le plus mémorable/insolite que vous ayez passé ? N’hésitez pas à tout me raconter en commentaire !

 

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2 Comments

  1. Françoise Heurion

    août 2, 2017 at 6:00

    J’ en perds mes épingles de chignon ! Tes aventures thaïlandaises me ravissent de plus en plus ! Et ton humour me plaît énormément . J’ ai adoré ta formule  » pompom sur laGaronne  » ! Un souvenir de Toulouse ? Je n’ en ai sans doute pas tout à fait saisi la finesse , mais j’ apprécie . J’ essaierai de le replacer dans la conversation , te plagiant par la même occasion . Tu me pardonneras !

    Un épisode insolite lors d’ un séjour à l’ étranger ? C’ était à Petra , en Jordanie . Après de nombreuses heures de visite , il fallait retourner jusqu ‘au car garé bien loin . Nous marchions avec un couple ami ; le mari était bien fatigué et pas en très bonne santé . Il jugea prudent d’ arrêter une calèche où se trouvait déjà une personne . Ce sont des véhicules légers à 3 places avec le conducteur . Ils sont tirés par de magnifiques petits chevaux arabes dont les conducteurs ( et je suppose propriétaires ) sont des Bédouins , anciens résidents du site de Petra , expulsés pour cause de fouilles archéologiques , et relogés à quelques centaines de mètres dans un village neuf , avec une école . Mon amie s’ inquiétait pour son mari ( réellement très malade ) et moi , je peinais un peu ; l’ aurige nous promit de venir nous chercher dès la course finie . Je nous vois encore , Annie et moi , à l’ ombre en face de Kazneh ( le Trésor ) , attendant cheval et conducteur . Nous commencions à nous dire qu ‘il ne tenait pas sa parole , lorsqu ‘il déboula du Sick , cette faille qui sert de chemin , nous faisant de grands signes .
    Assis tous les trois côte à côte , nous remontions au trot grâce au vaillant petit cheval tout empomponné et faisant tinter ses grelots . Et notre conducteur ( un beau garçon , d’ ailleurs , dans les 30 ans ) engage la conversation . En un français approximatif , il s’ enquiert d’ où nous venons ; et tout de go , il demande à mon amie si elle n’ a pas une fille . – Oui , j’ en ai une ! – Elle n’ est pas à marier ? Parce que j’ aimerais bien me marier avec elle !

    Continue à te faire plaisir avec tes visites du pays et à nous en faire profiter . Bisous , Pauline .

    Françoise

    1. Pauline Perrier

      août 2, 2017 at 12:45

      Bonjour Françoise,

      C’est toujours un plaisir de vous lire ! Pas de souci pour Pompon sur la Garonne, elle n’est pas de mon cru mais elle est assez désuète. C’est un peu comme « cerise sur le gâteau » mais avec une note plus négative.
      Pour l’anecdote en Jordanie, je ne m’attendais pas à une telle chute ! C’est ce qui est génial avec les voyages… On ne sait jamais ce qui va arriver !

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