Les différents types d’édition, et comment s’y retrouver

Bonjour à tous,

Depuis la sortie du roman, on me pose beaucoup de questions sur les différents types d’édition, comment trouver et contacter un éditeur, etc. J’ai donc décidé de vous parler des 3 types d’édition qui existent, de leurs particularités, et un petit paragraphe vous explique en fin d’article quelle est la bonne façon de démarcher une maison d’édition.

L’édition à compte d’éditeur

Grosso-modo, c’est le Graal après lequel courent tous les auteurs. Un contrat à compte d’éditeur est celui que propose toute maison d’édition « traditionnelle », où s’opère une véritable sélection des textes et où l’auteur n’a pas à verser 1 centime de sa poche pour voir son texte publié.

Si vous parvenez à décrocher ce type de contrat, félicitations, vous venez de franchir l’étape la plus difficile dans votre parcours d’écrivain mais, spoiler alert, plein d’autres étapes vous attendent.

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Eh oui, la partie ne fait que commencer, il vous reste encore plein d’obstacles à surmonter, même avec un tel contrat

Attention, je distinguerai toutefois plusieurs groupes de maisons d’édition qui proposent l’édition à compte d’éditeur. Tout d’abord, il y a les grands groupes, style Gallimard, Belfont, Albin Michel, JC Lattès, etc., les maisons spécialisées (Bragelonne, Fleuve…), puis de plus petites maisons comme Au Diable Vauvert et bien d’autres. Ensuite, il faut distinguer :

  • Les maisons d’édition avec des diffuseurs

Tous les noms cités ci-dessus sont des maisons (et des dizaines d’autres structures) qui disposent d’un diffuseur, ce qui permet la diffusion des ouvrages publiés dans les librairies et les rayons des supermarchés. Globalement, avoir un diffuseur accroît nettement la visibilité des publications de la maison, et par conséquent les ventes (CQFD). Si on vous propose un contrat à compte d’éditeur dans une maison qui a des diffuseurs, alors c’est une excellente nouvelle : foncez ! (bon lisez votre contrat quand même, hein).

  • Les maisons d’édition sans diffuseurs

C’est principalement le cas des petites structures et des éditeurs indépendants (listés ici). Pour ma part, j’ai signé chez les éditions 5 sens, qui sont des éditeurs indépendants, et j’ai également reçu une proposition de la part d’Anyway Editions : toutes deux de petites maisons sans diffuseurs.

La vente s’effectue principalement en ligne, même s’il est possible de commander les ouvrages dans n’importe quelle librairie, qu’ils sont référencés sur la Fnac et Cultura, et que les libraires peuvent tout à fait passer commande pour les intégrer à leurs rayons. Ce qui fait défaut, c’est la visibilité, mais pas la qualité du travail des maisons, ni celle des ouvrages. Certes, faire une croix sur les diffuseurs peut être difficile à envisager, néanmoins c’est un choix qui peut apporter beaucoup : il vaut parfois mieux viser « petit », mais entrer dans le monde de l’édition bien accompagné, avec une petite maison qui prend le temps pour ses auteurs, que faire une entrée fracassante chez un grand éditeur qui comble un trou dans son planning éditorial, et se consacrera plutôt à ses auteurs vedettes.

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Avec ou sans diffuseur, si on vous propose un contrat à compte d’éditeur, vous avez toutes les raisons d’être aussi heureux que Merlin et vous pouvez entamer la danse du soleil.

L’édition à compte d’auteur

C’est un type d’édition victime de beaucoup de préjugés. Moi la première, j’ai longtemps été persuadée que ce genre de contrat était une arnaque. C’est pourquoi, lors de mon stage de licence, j’ai décidé d’aller voir ce qu’il se passait vraiment dans ces structures, et j’ai intégré le service communication d’une maison d’édition à compte d’auteur. Après avoir eu l’occasion de lire les manuscrits reçus, d’étudier les contrats proposés, de discuter avec les employés, j’affirme aujourd’hui que ce n’est pas une arnaque, mais une prestation de service.

Au risque de briser les rêves de certains d’entre vous : beaucoup ne pourront jamais prétendre à une édition à compte d’éditeur. Ce n’est pas grave si vous n’êtes pas doués pour l’écriture, essayez le dessin, la cuisine ou la menuiserie ! La vie ne s’arrête pas là. Quand je travaillais là-bas, il m’est arrivé de devoir réécrire entièrement certains textes tellement ils étaient illisibles (verbes non conjugués, syntaxe aberrante, fautes tous les deux mots…). Vous n’imaginez pas le contenu hallucinant de certains manuscrits auxquels sont confrontés les éditeurs, et le nombre d’auteurs persuadés que l’histoire de leur vie va faire un best-seller ou qui racontent des expériences paranormales (très probablement vécues sous un acide que je n’aimerai vraiment pas essayer). Alors oui, l’édition à compte d’auteur a ses défauts, cependant elle est le seul moyen pour certaines personnes de réaliser leur rêve et de tenir leur ouvrage entre les mains. J’ai vu des auteurs avoir de très bonnes ventes, et même certains textes plutôt pas mal, mais dans l’ensemble il ne faut pas s’attendre à un gros succès. Si les éditeurs « traditionnels » vous ferment la porte au nez les uns après les autres, et ce malgré pléthore d’améliorations sur votre texte, ou si vous n’avez tout simplement pas le courage de retravailler votre texte (oui, un jour une dame a appelé en disant qu’on était exigeants de demander un minimum de 40 pages, parce que quand même, on ne se rendait pas compte à quel point c’est difficile d’écrire…. Bah alors pourquoi tu écris ?!), optez pour l’édition à compte d’auteur.

  • Si vous avez bien en tête que c’est une prestation de service (pour laquelle il faut donc payer), que quasiment tous les textes sont acceptés et que la proposition de contrat reçue ne fait pas de vous le prochain Stephen King, qu’il y a peu de chances que vos ventes dépassent les cent exemplaires (j’ai vu des redditions de compte avec 1 exemplaire vendu, mais une ou deux redditions avec des milliers ! Comme quoi il y a de tout), vous pouvez signer en paix.

Là où ce type de pratique est discutable, c’est qu’il est rarement indiqué sur le site que c’est une édition à compte d’auteur, et que le « comité de lecture » est généralement composé d’une seule personne, et parfois de stagiaires lorsqu’il y a trop d’envois. Aussi, si vous demandez un avis sur votre texte, ne le prenez pas au pied de la lettre… C’est souvent une même personne qui rédige plusieurs avis et qui n’a lu votre texte qu’en diagonale, par manque de temps (ou parce que c’était très mauvais).

  • Nota Bene : Si une maison vous promet une réponse dans les 15 jours, alors c’est une édition à compte d’auteur. Aucun éditeur prêt à investir de l’argent dans ses auteurs, et qui doit par conséquent sélectionner soigneusement les textes à publier, ne vous répondra aussi vite. Accéder à l’édition demande de la patience, et il faut bien entre 4 et 8 mois de délai selon la taille de l’éditeur visé !
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« Montre-moi le fric » : C’est concrètement la seule condition pour être édité avec ce type de contrat.

L’auto-édition

C’est le type d’édition que je connais le moins, donc je vais être plus brève. Aujourd’hui, c’est un mode d’édition de plus en plus favorisé par les auteurs avides de rencontrer leur public. En soi, c’est un bon moyen de se faire lire, et pourquoi pas de gagner un peu d’argent. Ne pas avoir les qualités requises pour être publié chez un éditeur à compte d’éditeur ne veut pas dire que vous êtes nul, et votre texte peut tout à fait plaire à des gens. Alors, pourquoi pas ? Amazon propose notamment des outils très corrects pour auto-éditer son texte et les mettre en vente sur le site.

Cependant, j’émets quelques réserves : les textes auto-édités ont souvent des coquilles, et la qualité peut laisser à désirer. Je pense que le principal problème, c’est qu’énormément de gens veulent accéder à la publication, et pensent que parce qu’ils écrivent ils méritent à tout prix d’être édités. Sauf qu’avoir de l’imagination ne signifie pas que votre histoire est unique, qu’elle va se vendre autant que les Harry Potter, et ça ne veut surtout pas dire que vous avez du talent. Je suis désolée d’être un peu directe, mais j’ai rencontré tellement de gens persuadés qu’ils étaient les prochains auteurs vedettes de la France, avec des chevilles qui passent plus les portes, sans jamais se remettre en question, que c’en devient agaçant. Vous aimez écrire ? C’est génial ! Mais ne le faites pas pour vendre des livres, ou pour la gloire. Commencez d’abord par soumettre vos textes à des bêta-lecteurs, et si vous estimez vraiment avoir assez travaillé sur votre ouvrage, et qu’aucun éditeur ne veut de vous, alors tournez-vous vers l’auto-édition, qui est bien moins chère que l’édition à compte d’auteur.

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C’est juste, genre, la PIRE raison qui peut vous pousser à écrire et à vouloir être édité.

Démarcher un éditeur :

La première chose à faire, c’est de déterminer le genre de votre roman. Rien ne sert de contacter Bragelonne si vous avez écrit un roman historique, ou Albin Michel si vous avez pondu un space-opera. Vous allez vous manger des lettres de refus démoralisantes alors que la qualité de votre texte n’y est pour rien.

Une fois que vous aurez dressé la liste des maisons dont la ligne éditoriale correspond à votre manuscrit, prenez le temps de consulter leur site, de lire les ouvrages qu’elles publient pour voir si le vôtre peut entrer dans leur catalogue. Puis arrêtez-vous sur la page « soumission » de chaque maison, qui expose clairement leurs attentes. Respectez scrupuleusement toutes les consignes indiquées sur cette page : si on vous dit d’envoyer un tapuscrit police Arial, taille 12, avec interligne simple, ajustez votre manuscrit pour qu’il corresponde à cette règle. Si l’on vous demande un résumé, un synopsis, ou même une lettre du président, fournissez-les ! Ce n’est pas pour vous embêter, mais tout simplement pour simplifier le travail de l’éditeur, qui peut recevoir plus de dix manuscrits par jour !

Si rien n’est précisé, voici des consignes à respecter : une police neutre, comme Times New Roman, Arial ou Calibri (pas de fantaisie), couleur noire, pas d’arrière-plan (une page blanche, quoi). Un interligne 1,5 peut être apprécié, et de grosses marges pour permettre à l’éditeur d’annoter le texte si vous l’envoyez en format papier.

En première page : toujours indiquer le nom du manuscrit, vos coordonnées complètes, le genre, et pourquoi pas un bref résumé. Si votre intrigue tient la route, vous devez pouvoir l’expliquer en deux lignes. Si l’éditeur veut un résumé plus détaillé, il le précisera dans les consignes de la page « soumissions ».

  • A ne surtout pas faire :

Ne vous dévalorisez pas en disant « je sais que mon manuscrit n’est pas parfait mais… » : dans ce cas, retravaillez-le. A contrario, ne vous prenez pas pour Baudelaire. L’éditeur connaît son travail, il peut estimer que vous êtes nul alors que vous pensez être bourré de talent, mais dans tous les cas c’est à lui de se faire son avis. Si vous débarquez avec vos gros sabots en clamant « je sais que je vais vendre des millions d’exemplaires, parce que je suis le meilleur du monde et je vous jure que vous n’avez jamais rien lu d’aussi bon« , sachez qu’il y a de fortes chances pour que le capital d’empathie de l’éditeur chute dangereusement, et vous risquez de vous faire recaler très vite.

Arrêtez de croire que l’éditeur veut vous voler votre texte. Si cette idée vous file vraiment des sueurs froides, alors prenez vos dispositions pour protéger votre manuscrit (google vous trouvera très vite plusieurs façons de le faire), mais vous avez plus de chances de vous faire piquer l’idée si vous publiez sur des forums que par un éditeur qui, au mieux vous proposera un contrat, au pire trouvera le texte mauvais et l’oubliera très vite parce que 82319409898034 autres manuscrits attendent son jugement. Quand je réceptionnais des manuscrits pour la maison à compte d’auteur, rien ne m’horripilait plus que ces personnes à l’ego démesuré qui envoyaient des mails en lettres majuscules rouges, police comic sans ms, en nous ordonnant de détruire leur manuscrit ou en nous menaçant si on venait à le voler, alors qu’il y avait 15 pages illisibles qui se battaient en duel. Un peu d’humilité, nom de Dieu !

Dernier conseil :

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Lisez !

Avant de vous prétendre auteur, lisez tout ce que vous pouvez. Énormément de gens aspirent à devenir écrivain, et leurs motivations sont souvent douteuses. Quand quelqu’un vient me voir en disant « oh tu as écrit un livre ? Moi aussi j’aimerais bien écrire, mais je sais pas trop comment faire », je finis souvent exaspérée, parce que dès que je creuse un peu je comprends vite que la personne ne veut pas écrire, mais se faire publier. Or, pourquoi vouloir se faire publier quand on n’a jamais écrit une ligne ? Avoir un besoin d’écrire mais ne pas savoir comment s’organiser, je comprends ! Cela demande du temps, chaque personne a son fonctionnement, il y a des périodes de découragement, donc on a très souvent besoin de conseils. Mais chercher à tout prix la reconnaissance de lecteurs, voire d’éditeurs, sans avoir pris le temps d’élaborer vraiment son texte, me semble aberrant.

Beaucoup de gens se veulent écrivains alors qu’ils lisent peu, or je suis persuadée que ces deux activités sont indissociables. Alors, lisez, regardez comment d’autres auteurs élaborent une trame narrative, repérez ce qui vous plaît ou non dans leur façon de faire, comment l’action est amenée, la pertinence des ellipses et des sommaires ; bref, analysez tous les ingrédients utiles à la construction d’un roman avant de prétendre écrire le vôtre. Rien ne vous empêche d’écrire dans votre coin, de noircir des carnets, et c’est même utile pour progresser, mais il faut du temps avant d’avoir un semblant de maîtrise, et c’est toute sa vie que l’on apprend.

PS : Une chose que je me dis souvent, c’est « est-ce que ça mérite que des gens paient pour le lire ? ». Si vous attendez de vos lecteurs qu’ils déboursent de l’argent pour votre travail, alors soyez à la hauteur : je vous imagine mal signer un chèque à un maçon s’il vous bâtit une maison sans murs et avec une toiture qui fuit.

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7 Comments

  1. bibliblogueuse

    avril 5, 2017 at 8:28

    Je ne connaissais pas bien la différence entre auto-édition et édition à compte d’auteur. Mais grâce à toi, j’ai compris, alors merci pour cet article fort instructif ! Je n’imaginais pas non plus que des éditeurs puissent recevoir des horreurs comme celles que tu décris. Ils doivent bien rigoler 😉

    1. Pauline Perrier

      avril 5, 2017 at 8:30

      Ravie d’avoir pu t’éclairer, c’est vrai que c’est un monde un peu opaque.
      Je ne sais pas si c’est partout pareil, mais j’imagine que ceux qui envoient aux maisons à compte d’auteur tentent aussi leur chance ailleurs (il n’y a qu’à voir les mails groupés où les autres destinataires ne sont pas mis en copie cachée, ah ! ah !) mais en effet, il y a de grosses pépites 😉
      Après je parle de ces cas car ce sont ceux qui sont le plus marquants, mais il y a aussi des auteurs à qui il ne manquerait qu’un peu de travail et quelques conseils pour se démarquer !

  2. Chloé

    avril 5, 2017 at 9:52

    Très intéressant cet article, et vraiment complet alors félicitations à toi !

    1. Pauline Perrier

      avril 5, 2017 at 9:52

      Merci beaucoup 🙂

  3. Les mauvaises raisons d’écrire – Pauline Perrier

    mai 1, 2017 at 2:02

    […] Je me permets de mentionner à nouveau l’anecdote dont je vous avais parlé ici : quand j’étais en stage chez un éditeur à compte d’auteur (service communication), […]

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