[Texte] Elle s’en va

Elle s’en va

 

Sans un bruit, elle s’en va
Le cœur défait et l’âme abimée,
Elle s’éloigne à pas pressés,
Portant sur son dos le poids dévorant
De toutes ces heures et de toutes ces nuits,
Où tu n’as pas su l’aimer,
Où tu n’as pas su l’honorer.
Ses grands yeux tristes t’ont imploré,
Guettant en silence un signe, une évidence,
Mais tu as détourné la tête,
Et qu’est-ce qu’elle s’est sentie bête
D’attendre encore et encore
Un dernier geste, une nouvelle danse.
Et la voilà qui te fuit
Qui se terre, qui dépérit,
Qui s’éventre certaines nuits
En un cri, en une plainte,
Dont on tremble à la ronde
A la seule idée du monstre qui la féconde.
Mais son cœur est fort et son âme est grande,
Et la plaie guérit, soignée loin de toi.
Les heures qui défilent emportent dans leur parade
Les souvenirs dont elle se faisait l’éternel garde ;
Et bientôt tu disparais,
Croque-mitaine oublié dans un tiroir,
Qu’on n’ouvre plus que tard le soir,
Pour se faire peur, pour se rappeler
De ces diables aux yeux doux que l’on se doit d’éviter.
Mais toi tu n’oublies pas,
Car elle avait des ailes et qu’elle te parlait tout bas
Et qu’il y avait toujours une place pour toi
Quelles que soient les chimères dans lesquelles
Elle s’abandonnait toute entière.
Tu n’oublies pas car tu sais
Que lorsqu’elle te serrait fort dans ses bras
Une fusée pour l’ailleurs décollait dans ton cœur;
Et te voilà démuni,
Maintenant que tu es coincé seul ici bas.
Tu pensais qu’elle ne méritait pas
Qu’on se batte si fort pour tout ça
Que le monde serait inchangé
Lorsqu’elle s’en irait
Mais maintenant tu sais
Que les tornades ne peuvent se retirer
Sans laisser le paysage chamboulé.
Tu as lâché sa main et elle s’en est allée,
Tu n’étais pas assez fou, ni assez vaillant,
Pour savoir l’aimer,
Pour mériter ce grand voyage.
Un autre glissera ses doigts entre les siens,
Et c’est à lui qu’elle ouvrira son monde,
Le sourire renaissant aux lèvres
Et le dos défait du fardeau que tu lui as laissé.
Lorsque tu marcheras seul dans la nuit,
Triste terrien abandonné dans l’ennui,
Ils te contempleront perchés sur un croissant de lune,
Blottis dans les bras l’un de l’autre,
Se murmurant à l’oreille
Tous les secrets de l’univers
Et le chant de tous ceux qu’ils construiront ensemble.

 

 

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2 Comments

  1. Reine Marie Delranc

    octobre 11, 2018 at 3:47

    Bonjour PAULINE j ‘ai adoré ton deuxième livre La mélancolie du pivert!
    Vraiment super jusqu’au bout !!!!!
    Félicitation pour ce jolie roman il m’a transporté dans l’imaginaire.
    REINE MARIE.

    1. paulineperrier

      octobre 11, 2018 at 7:36

      Bonsoir Reine-Marie,

      C’est génial, je suis ravie que tu aies aimé à ce point ! Cette histoire compte beaucoup pour moi…

      Bien à toi,
      Pauline

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