Journal d’une confinée #1 : Comment divertir ses parents de + de 50 ans ?

Deuxième jour de quarantaine. Je ne comprends vraiment pas pourquoi tout le monde en fait tout un plat, je n’ai vu aucun changement à mon quotidien habituel. Ce matin, je me suis levée, je me suis douchée, je n’ai pas mis de pantalon, et j’ai fait une réunion en mangeant mon bol de Miel Pops avec du Nesquick. Puis j’ai continué à travailler, vers 16 heures je me suis quelque peu perdue dans les méandres de Youtube, et en descendant me chercher un petit goûter, le chien m’a fait les yeux doux, alors je suis sortie jouer avec lui dans la cour. Vraiment, je ne comprends pas pourquoi tout le monde panique. En fait, ce confinement, c’est juste un épisode de vis ma vie pour vous glisser dans la peau d’un freelance. Et pour ceux qui ne peuvent pas faire de télétravail, disons que ça ressemble plus à un épisode de vis ma vie pour découvrir à quoi ressemblaient mes grandes vacances d’été quand j’étais au lycée. Si vous avez besoin de conseils pour occuper vos journées, contactez-moi : je suis la pro des activités en intérieur.

Rare image d’archive d’une de mes journées de travail

 

Bon, la vérité maintenant ?

Ok, c’est vrai que le confinement ne change pas grand chose à ma vie. Sauf que… Je le passe chez mes parents. OUI MESSIEURS DAMES. Je suis ce genre de progéniture qui s’occupe de ses vieux parents dans un contexte de crise et de détresse. D’ailleurs, tout le monde parle de la difficulté de garder des enfants et cherche quelles activités leur proposer pour ne pas les étriper ennuyer, mais personne n’a pensé à proposer des activités en intérieur pour les séniors de 50 ans et plus. Le baby-sitting, je maîtrise, j’ai 5 ans d’expérience. Mais le boom-sitting ? J’ai commencé en Septembre, avec du bénévolat en EHPAD, mais mes parents lisent tout seuls et n’aiment pas le Scrabble. Alors que voulez-vous leur… Bon, d’accord, c’est faux, ils s’occupent tout seuls pour le moment. J’avais juste très peur de passer l’anniversaire de mes 25 ans toute seule entre 4 murs alors qu’il fait franchement pas beau à Toulouse (hihi, comme si on allait profiter de la météo depuis son appart’, de toute façon) et sans être humain en chair et on os à qui parler pendant au moins 2 semaines (on sait tous qu’on part sur 1 mois). Normalement, j’aurais dû passer le week-end de mes 25 ans à Paris, à fêter l’anniversaire de ma meilleure amie, à me réveiller dans un hôtel splendide, à présenter un concours d’écriture qui aurait pu changer ma vie, puis à fêter mon anniv avec toute ma bande de copains qui pouvaient enfin se réunir le même jour, ce qui arrive généralement tous les 36 du mois, et encore, si c’est un soir de pleine lune et qu’elle est rousse. Au lieu de ça, le programme s’est mis à dévier sur un tête à tête avec ma Playstation et le mur. Un tête à tête qui risque de durer longtemps. Comme mes parents étaient déjà avec moi depuis le vendredi (vu que j’étais censée avoir ma remise de diplômes le week-end dernier), on a estimé qu’il n’y avait pas de risque supplémentaire à ce que je me rende chez eux pour au moins 2 semaines. Les chances de préserver ma santé mentale avec un petit jardin et le chien pour jouer sont censées être plus élevées. Vous avez relevé le mot clef dans cette phrase ?

Ou comment le confinement s’est transformé en Retour Vers le Futur :

Seulement, vous imaginez passer 2 semaines avec vos parents ? Moi non plus, je ne m’y attendais pas. Sauf que voilà, tous les gens se confinent en famille ou en couple, mais quand t’es célibataire, faut être prêt à ce que la Bande Originale de ta vie devienne « All By Myself« . Et franchement, j’ai pas la jolie voix de Céline Dion, je le sentais moyen lors des concerts sous la douche. Puis je me demandais combien de temps les voisins mettraient à sentir mon cadavre, si jamais je succombais au Coco (oui, nos grands-parents avaient peur des communistes, alors comme Manu a dit que nous étions en guerre, j’ai trouvé un petit surnom à notre ennemi à nous : j’aurai l’impression d’être un peu badass lorsque je raconterai tout ça à mes petits-enfants, même si notre guerre à nous s’est passée le cul sur le canapé). Honnêtement, je ne sais pas si c’était le plan le plus stratégique, de rentrer chez mes parents. Quand je vous parlais d’une simulation de mes vacances d’été au lycée, je ne blaguais pas : ma famille et moi, on vient de faire un retour de 10 ans en arrière. Sauf qu’on ne sait plus comment vivre ensemble, ça fait 7 ans que ce n’est plus le cas. J’ai l’impression qu’on s’est inscrits à une émission de téléréalité pour tester nos liens. Une sorte de Covid-Lanta. Vous me direz comment ça se passe, chez vous. J’ai hâte de voir les bilans une fois que l’épidémie sera passée : combien de divorces ? Combien de familles déchirées ? Tenez, rien qu’hier soir, j’ai voulu mettre le contenu de ma valise dans ma penderie. Quand j’ai ouvert le placard, bim, je me suis pris une enceinte sur la pommette parce que ma mère avait réorganisé toutes les étagères de MON placard. J’ai râlé. Elle a crié. Premier fight en moins de 24H. Du coup, je pense que je vais lancer des petits tests pour voir si notre relation mère-fille est solide : un jour je vide le lave-vaisselle, l’autre, bim : attaque surprise, j’oublie de passer la raclette après avoir pris ma douche. Maman, si tu lis ça, sache que je t’aime, mais certaines expériences ont besoin d’être menées pour que ce journal de confinement survive. Et puis le chien n’est pas très coopératif en matières de blagues, alors je suis obligée d’improviser pour me faire rire toute seule.

Le test ultime pour ceux qui sont confinés ensemble :

Du coup, je pense très sérieusement que ce confinement va mettre les liens de certaines personnes à rude épreuve. Je ne vous cache pas que j’observe tout ça avec l’œil de l’écrivain (et peut-être un peu de pop-corn, mais ne me blâmez pas, bon sang, on n’a rien d’autre à faire !). Petit conseil : ne lancez pas de partie de Monopoly, les amis, parce qu’ils n’ont pas prévu la case « part planquer le corps d’un proche dans la forêt » sur le formulaire de sortie. Oh, et puis, entre vous et moi : vous avez pensez aux filles qui ont leurs règles ? On ne peut pas prendre d’ibuprofène parce que ça peut aggraver les symptômes du virus si on est porteuse. Basiquement, mesdames, la situation nous impose de choisir entre sauver nos ovaires ou nos poumons. Du coup, bonjour l’ambiance pour nous avec des crampes en folie. Et puis la faim, n’en parlons pas ! Je pense que personne ne nous le dit, parce que c’est toujours tabou de parler des règles, mais les gens qui dévalisent les magasins, là, comme si c’était la fin du monde, vous pouvez me le dire à moi : vous êtes enfermés avec une femme qui est en plein dans ses règles, non ? Parce que moi, à la maison, je suis en train de mettre une raclée au stock de chocolats de mes parents. Je pourrais manger un mur. A quatre heures, j’ai même regardé le chien avec envie. « Mais ne mange pas trop parce qu’on va éviter au maximum de faire les courses, c’est trop la folie dans les supermarchés » qu’on m’a dit. Alors je bois du thé, beaucoup de thé, pour éviter que ce soient mes parents qui se liguent contre moi parce que j’aurais dégommé tout leur stock de nourriture. Et aussi pour m’empêcher de prendre 6kg en une semaine. Bah oui, parce qu’il n’y a plus de salle de sport, non plus. Du coup, au lieu de manger le chien, j’ai fait à peu près 12 600 tours sur un circuit comprenant 3 pots de fleurs avec lui, histoire qu’on se dépense tous les deux, et que je ne finisse pas cette quarantaine avec une taille quarante (ce qui n’est pas du tout un problème, mais signifierait que j’ai quand même pris 2 tailles et c’est pas folichon en si peu de temps). J’ai même pris une petite vidéo pour le jour où Ina voudra faire un p’tit documentaire sur notre guerre à nous, la génération quaranteens (oui, y a vraiment un mec qui a trouvé ce nom pour parler des successeurs des babyboomers).

Les idées pour occuper ses parents sans risquer de se faire déshériter :

  • Si, comme moi, vous avez le goût du risque et peu d’héritage en jeu : vous pouvez tenter les petites attaques surprises pour une partie de Covid-Lanta dynamique. N’oubliez pas de compter les points. Mais attention, ce n’est pas la solution la plus pacifique.
  • Jouez aux petits chevaux ou au jeu de l’oie. C’est bien, le jeu de l’oie. Les petits chevaux, ça peut grimper dans les tours s’il y a un très mauvais joueur.
  • Demandez-leur de parler de la guer... des dinauso… Arf, pardon, je me trompe toujours d’époque. Demandez-leur de vous raconter des choses que vous ignorez sur leur jeunesse, peut-être qu’ils pourront vous surprendre. Partagez vos souvenirs de première cuite, de premier amour (enfin, partagez surtout les leur, n’oubliez pas que vous allez passer 30 jours ensemble, est-ce que vous voulez vraiment que tous vos secrets soient percés à jour ?)
  • Prenez une cuite. C’est simple, efficace. Mon père, par exemple, a prévu le stock de vin au lieu de dévaliser le PQ (mais où est le sens des priorités, les gars, c’est pas la gastro et en plus y a toujours la douche en cas de pépin !) et les pâtes comme tous les guignols qui n’ont aucun respect pour les soignants et les personnages âgées. Moi, j’ai ramené du Montbazillac en arrivant. Quand on picole, la fête est plus folle (ceci n’est absolument un avis médical et je vous déconseille de trop picoler parce que de toute façon, y a plus de service de santé).
  • Faites une bataille de pouce ou un shifumi. De toute façon, vous êtes déjà confinés ensemble, vous pouvez bien vous toucher.
  • Partez sur un marathon du Seigneur des Anneaux, ou de Star Wars, ou des Harry Potter… Bref, trouvez une saga bien longue, avec des versions encore plus longues, et comme ça vous n’aurez même pas besoin de parler. Attention toutefois : par exemple, moi, ma mère commente le film. Au bout de la 3e semaine, je ne garantis plus la sérénité.
  • Faites de la pâtisserie : cookies, gâteaux un peu compliqués pour passer encore plus de temps en cuisine, lasagnes… Déjà, la préparation vous fera passer un moment, mais en plus, manger vous occupera et devrait vous calmer un moment.
  • Lancez une partie de jeu vidéo. C’est l’occasion de faire un jeu ensemble, et de vous marrer en expliquant les règles. Une petite partie de Just Dance et ça devrait vous offrir un petit fou rire.
  • Une partie de cache-cache. Là, c’est quand les parents deviennent un peu trop relou « ouiii mais t’as laissé tes chaussettes » ou encore « Bon sang, mais on t’a déjà dit de mettre un pantalon avant de passer à table ». Bref, les boomers basiques quoi. On est plutôt sur une activité de fin de confinement, quand vous commencerez à plus trop vouloir vous voir. Lancez la partie de cache cache. Enfermez-vous dans la chambre. Lisez un livre. Revenez les chercher 2 heures plus tard.
  • Appelez vos grand-mères (ou grand-pères, ou les deux). Pour le coup, c’est utile, vous leur éviter d’être isolées, un appel en visio ou normal, ça fait toujours plaisir, et en plus, comme ce sont les parents de vos parents, vous pourrez grave balancer pour qu’ils se fassent engueuler de vous avoir engueulé en ces temps difficiles.
  • Barricadez-vous chacun dans une pièce. Ça, c’est l’activité de survie. Quand ça fera 35 jours. Que vous aurez défoncé le stock de chocolat et que votre père vous détestera pour ça. Que votre sœur chantera à tue-tête quand elle ira aux toilettes qui sont juste à côté de votre chambre. Quand votre mère aura relevé 58 fois précisément que vous avez grave grossi pendant cette période de confinement. Bref. Fermez les portes à double tour. Évitez tout contact. Prétextez que c’est à cause du virus. Toussez un peu s’il le faut.

Mais du coup, pourquoi un journal de quarantaine alors qu’on entend déjà parler de ce virus partout ?

Parce que ce confinement, il est nécessaire pour le bien de tous, et surtout pour protéger les plus fragiles. D’ailleurs, ça fait 2 jours que je présente des signes de troubles respiratoires, et d’un coup ça a fait tilt : je me suis rappelé que… je suis asthmatique ! Du coup, je fais partie de ces personnes fragiles. Il est mille fois plus probable que ce symptôme soit lié au fait que je mange trop de chocolat alors que j’y suis allergique et que, même désensibilisée, les symptômes ne disparaissent jamais vraiment.. (rassurez-vous, je n’ai pas de fièvre, ça va !). Mais c’est bien de se rappeler que personne n’est invincible. Et même si la situation n’a rien de drôle, ça ne nous empêche pas d’être créatifs et de nous marrer un peu. Si je peux vous divertir ne serait-ce que 15 minutes, vous aider à trouver des activités en intérieur, et que ça vous passe un peu l’envie de sortir, alors ça me va ! Je suis prête à écrire autant qu’il le faudra pour vous arracher ne serait-ce qu’un sourire et vous garder assis devant un écran (oui, j’ai dit ça, mais la situation l’impose, désolée). Vous savez, j’étais la première à prendre tout ça à la légère. Déjà parce que j’étais en Thaïlande quand l’épidémie commençait à se déclarer (d’ailleurs, c’est drôle que de nombreuses personnes m’aient pourri mon voyage en m’envoyant des messages hyper anxiogènes pendant un mois, à toutes les heures du jour et de la nuit, comme si j’avais un quelconque champ d’action sur le virus, pour finalement faire comme si de rien était quand c’est devenu grave en France, et pas en Thaïlande…) et sans doute avais-je été poussée tellement à bout par la bêtise française que j’ai préféré le déni. J’en suis sincèrement désolée. J’ai décidé de faire un journal pour divertir les autres, parce que c’est ce que j’aime faire. Parce que je suis à une rue de chez ma grand-mère et que je ne peux pas la voir, mais qu’elle peut me lire, alors j’écrirai aussi pour elle. Et parce que je suis écrivain. Plus jeune, je stressais beaucoup, je détestais les changements, et j’étais très mauvaise pour m’adapter en urgence. Puis un jour, j’ai compris que toute ma vie, c’était les histoires. Les écouter et les raconter. Et j’ai commencé à imaginer les histoires et les blagues que je pourrais tirer de chaque situation nulle qui m’arrivait. Depuis, je n’ai plus jamais éprouvé de frustration ni de stress. 2 minutes, allez, pas plus. Avec ce virus, comme nous tous, j’ai dû renoncer à beaucoup de choses. Mars 2020 était sans doute le mois le plus important de ma vie : je devais marcher sur la Grande Muraille de Chine pour fêter mes 25 ans, passer un concours qui aurait pu changer ma vie, participer à ma remise de diplômes, faire ma première retraite d’écriture dans un petit coin de paradis et m’essayer à la randonnée solo après avoir bouclé mon 5e roman. Peut-être que ce n’est pas grand chose pour les autres, mais c’étaient des pierres blanches très importantes pour moi. Mais voilà, Mars 2020 a été annulé, et avril le sera peut-être aussi, alors j’ai envie d’en tirer des histoires, des blagues, pour que ça nous aide à mieux le vivre tous ensemble. J’ai aussi envie de garder une trace de cette situation car elle est inédite, et c’était l’occasion parfaite de faire revivre ce blog oublié pendant 1 an. Voilà, j’espère que vous suivrez ces modestes aventures pendant les semaines à venir et qu’elles vous amuseront !

PS : Lundi prochain, mon frère devra peut-être se confiner avec nous pour des raisons professionnelles. HAPPY HUNGER GAMES !

« Il y a trop de monde sur la Terre – Nous avons besoin d’une nouvelle peste »

PPS : Je suis désolée d’avoir partagé cette image si souvent et d’avoir répété cette phrase trop de fois pour les compter. Promis je savais pas que j’avais frotté ma lampe de chevet un peu trop fort et que ça allait arriver.

 

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3 Comments

  1. rachelmarine

    mars 18, 2020 at 7:15

    bonsoir, courage a toi à ta famille . Prend soin de toi merci pour tous ces conseils =) merci pour cet article pleins de pensées positives
    belle soirée
    rachelmarine

    1. paulineperrier

      mars 19, 2020 at 8:38

      Merci beaucoup Rachel-Marine 🙂 Bon courage à toi également et j’espère que cette période nous rendra tous créatifs !

  2. Journal dune confinée #3 - Joyeux Coron'anniversaire !

    mars 22, 2020 at 7:28

    […] vous cherchez comment occuper vos parents pendant le confinement, n’hésitez pas à consulter mon guide sur le sujet. Vous aurez peut-être droit, vous aussi, à de superbes dessins). Pour le coup, je ne pense pas […]

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