Et surtout, beaucoup d’Amour

Cher inconnu,

 

Il paraît qu’il est d’usage de formuler ses vœux en début d’année, de souhaiter des montagnes de bonheur à tous ceux qui croisent notre chemin et d’établir une liste de résolutions. Une tradition qui nous vient de Babylone, à ce que j’ai entendu dire. En France, on la fait même durer jusqu’en Mai tellement on y met du cœur.

Bizarrement, moi, je n’ai jamais été très friande de tout ce cinéma. Les gens sortent le grand jeu, ils s’efforcent de passer une soirée inoubliable, comme si le 31 décembre se devait de surpasser le 30, le 29, ou n’importe quel autre soir. Ils habillent cet évènement de couches d’interprétation et de sens supposés donner une ligne directrice à l’année à venir. A croire que les 364,25 jours suivants n’auront aucune influence sur leur taux de réussite et de bonheur. Du coup, je me demande comment font les gens qui passent une mauvaise soirée. Ceux qui s’engueulent avec leur conjoint, ceux qui sont terrassés par une gastro, ceux qui se sentent éperdument seuls. Est-ce que ça signifie que cette mauvaise passe va durer tout le reste de l’année ? Est-ce qu’ils disposent d’un bouton magique pour sauter directement en 2020 ?

Et puis il y a toutes ces histoires de résolutions. On se met une pression avec des objectifs à tenir alors qu’on sait pertinemment que la liste sera réduite à la mi-Janvier puis oubliée en Février. Non, vraiment, tout cela est trop absurde à mes yeux. Ce n’est pas comme un anniversaire, vous comprenez ? Un anniversaire, c’est personnel, ça a du sens. C’est la pierre blanche d’une évolution, de notre épanouissement. C’est beau les anniversaires. C’est plein de promesse.

Mon tout premier souvenir de réveillon remonte à l’année de mes 11 ans. Mon grand-père est mort ce jour-là. Nous étions en vacances à Paris, j’avais vu la Tour Eiffel pour la toute première fois, et le téléphone a sonné alors que nous attendions le train pour rentrer à la maison. C’était drôle parce que, le lendemain, les formules « Bonne année ! » et « Meilleurs vœux » fusaient de toute part, et moi je trouvais ça très bizarre de voir tout ce petit monde sur un nouveau départ alors qu’une étape de ma vie se terminait. Depuis ce 31 Décembre 2006, je ne sais plus quoi souhaiter, ni à moi, ni aux autres. En plus, il y a toujours un pépin dans la soirée, si bien que plus je grandis, plus je déteste la Saint Sylvestre et toute la période qui l’entoure.

Quand les pétards éclatent, que les feux d’artifices éventrent le ciel, je m’égare toujours quelques secondes dans les étoiles. J’ai arrêté les résolutions depuis des années, je m’en suis remise aux formules prémâchées pour échanger les politesses. Argent, santé, amour… Trois petits mots à lancer dans l’ordre que vous voulez. C’est trop court, ça n’en dit pas assez. Je dirais même que c’est décevant.

Cette année, c’est différent. Excepté que je n’ai jamais eu une si faible motivation pour réveillonner, je sais que beaucoup de choses vont changer en ce mois de Janvier. Nouvel appartement. Premiers meubles à acheter. Nouveau travail. Le début d’une carrière en freelance. Un troisième roman en gestation. Alors j’ai voulu chercher un nouveau départ dans cet évènement qui m’a toujours évoqué la fin. Me permettriez-vous, cher inconnu, d’ajouter un peu de mon encre à toutes ces simagrées ?

La première chose que je voudrais vous souhaiter, c’est d’être indulgent envers vous-même. Rappelez-vous chaque jour combien vous êtes unique et important, même lorsque vous vous sentirez terriblement triste, et seul, et exécrable dans un domaine. En une année, ces sentiments ont tout le temps de nous chambouler plus d’une fois. Ce n’est pas grave. C’est même tout à fait OK. Vous avez le droit de passer une journée entière sous la couette, vous avez le droit de pleurer à chaudes larmes même lorsque cela paraît démesuré, vous avez le droit d’être vulnérable. Ça ne fait pas de vous quelqu’un de faible : juste un être humain doté de sentiments.

Je vous souhaite également d’échouer. On pense trop souvent que faire des erreurs signe un retour en arrière, que cela nous empêche d’avancer. C’est tout le contraire. Vous avez le droit de vous tromper, c’est même un devoir, car dans chaque échec se cache une leçon, une marche de plus dans votre ascension personnelle.

Je vous souhaite d’attraper la bougeotte, le frisson du voyage, la curiosité du monde. Que vos yeux se nourrissent de paysages verdoyants, de glaciers époustouflants et de ruines d’autres temps. Devenez géographe, redessinez les limites de votre zone de confort, poussez-les toujours plus loin. Allez à la rencontre de ceux qui vivent aux latitudes les plus éloignées, et même de celles qui sont juste à côté. Voyager, ce n’est pas une question d’argent, ni une question de chance. C’est une question de choix. Un billet d’avion vaut parfois tous les diplômes des plus grandes écoles.

Je vous souhaite de déconstruire vos armures, de défaire les remparts que les années ont érigées autour de vos cœurs. Si les derniers mois de 2018 m’ont appris une chose, c’est que les murs derrière lesquels on se cache ne nous protègent en rien. On s’en remet à eux pour nous défendre, pour tenir les dangers du monde, et surtout des autres, à l’écart. Mais à force de les construire toujours plus hauts, toujours plus épais, on finit par s’épuiser. Et, en fin de compte, nous ne sommes pas plus heureux. Ces protections de pacotille ne repoussent aucun danger, elles éloignent surtout ceux qui sauraient nous aimer.

Il y a tant de choses que je voudrais vous souhaiter, cher inconnu, tant de bonheur que je voudrais que vous rencontriez. La joie de la transmission, du partage et de l’échange. La douceur des amis et des fous rire à n’en plus finir. Les sourires offerts sans raison, les appels d’un être cher au cours d’une journée difficile. Je voudrais savoir que l’humanité s’endort chaque soir dans un monde protégé, que nos descendants connaîtront les glaciers, l’eau potable et les abeilles. Ce n’est pas une bonne année que je vous souhaite, mais une belle vie, pleine de surprises, de curiosité, de leçons. Et surtout, beaucoup d’Amour.

Je vous en souhaite des litres à n’en plus finir. C’est souvent décevant, l’amour, ça nous torture et ça nous empoisonne. Ça peut faire si mal qu’on finit par ne plus en vouloir, par le fuir à tout prix. C’est bien pour cela que je vous en souhaite à l’infini, pour que jamais plus vous n’en manquiez, que les fêlures dans votre cœur ne vous donnent plus jamais froid, que vos larmes ne soient plus jamais amères et que vous n’ayez plus jamais peur d’en donner comme d’en recevoir.

Tout cela, cher inconnu, c’est le moindre bien que je puisse vous souhaiter. C’est un peu plus long que trois petits mots, mais il faut au moins cela pour vous souhaiter la vie la plus riche possible.

 

Bien à vous,
Pauline
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